La chapelle Saint-Antoine du Séminaire de Saint-Hyacinthe

 

Le titulaire

La chapelle est dédiée à saint Antoine de Padoue, en l'honneur de messire Antoine Girouard (1762-1832), fondateur du Séminaire de Saint-Hyacinthe, en 1811.

Saint Antoine de Padoue, frère mineur, est né à Lisbonne, capitale du Portugal, en 1195. À l'age de 25 ans, il entre chez les Franciscains. En 1221, il est délégué au Chapitre général de son ordre, à Assise. Vers 1223, nous trouvons le Frère en France. Il y fonde un couvent, à Brive-la-Gaillarde. À partir de 1230, il réside à Padoue, où il décède en 1231, à l'âge de 36 ans. Un an après sa mort, le pape Grégoire IX, l'inscrit au catalogue des saints. Comme confesseur, saint Antoine fut célèbre par sa vie, ses miracles, sa prédication et ses enseignements. Il fut déclaré docteur de l'Église, le 16 janvier 1946, par le pape Pie XII
.
Je suis heureux que le premier grand travail soit pour la demeure de Jésus, et je la voudrais belle, cette maison du Bon Dieu. Je la voudrais parfaite sous tous les rapports. Ce sont là les mots que le chanoine Léon Pratte, supérieur du Séminaire confiait à son journal intime.

Au cours des années 1920, l'affluence des élèves était grande et la chapelle, bâtie en 1884, se révélait inadéquate. Les autorités du Séminaire songaient à l'agrandir ou à en reconstruire une nouvelle. Au début de janvier 1927, la reconstruction est décidée. Monsieur René Richer, architecte de Saint-Hyacinthe et ancien élève du Séminaire est invité à préparer les plans de la future chapelle.

Monsieur Richer, qui avait étudié l'architecture en France, avait conservé la nostalgie des célèbres cathédrales gothiques, dont celle d'Amiens. Cette dernière devait lui inspirer la chapelle dont le Séminaire lui avait confié la construction. C'est un peu de cette splendeur d'Amiens que monsieur Richer a voulu transcrire dans la chapelle du Séminaire. C'est pourquoi, dès le seuil de la chapelle, le visiteur est saisi par les dimensions de cette chapelle de collège : — longueur totale – 232 pieds — longueur de la nef – 134 pieds — longueur du chœur – 57 pieds — largeur totale – 74 pieds — largeur de la nef – 54 pieds — largeur du déambulatoire – 8 Pieds — hauteur de la nef à la clef de voûte – 57 pieds et 9 pouces.

La nef
La voûte de la nef repose sur 14 piliers cantonnés en croix, d'un diamètre de trois pieds et demi. La colonnette placée sur la face qui regarde la nef, part d'une base à gorge profonde, coupe le chapiteau et s'élance jusqu'à la voûte où elle reçoit la tombée de l'arc doubleau. Sur le chapiteau partent deux autres colonnettes plus minces qui montent avec elle pour recevoir les retombées des arcs oviges. À la hauteur du triforium, deux colonnettes qui semblent des filets de pierre, montent également pour recevoir les arcs formerets des fenêtres. Les chapiteaux, larges sur le corps du pilier, sont étroits sur les colonnettes du côté, qui recouvrent les tombées des grands arcs brisés des arcades, et sur celle qui regarde le collatéral et en reçoit l'arc doubleau. C'est, dit-on, l'arc en tiers-point dans toute sa pureté.

Le triforium

Le triforium est formé de six petites travées contenant chacune sept arcades ; il n'est pas ajouré. Nous le retrouvons tout autour de l'édifice. Au-dessus du triforium, court, tout au long du temple, une guirlande de feuilles d'érable. Au-dessus de cette frise ornementale, s'alignent les douze fenêtres, hautes de 7 pieds. Enfin, s'élève la voûte qui retient tant le regard qui l'étudie. Elle repose sur des arcs ogives et des arcs doubleaux d'une telle finesse que le visiteur se demande comment cette voûte peut tenir à une hauteur si prodigieuse.

Le transept
De la nef, nous arrivons au transept flanqué de collatéraux. Les quatre longues et hautes piles impressionnent toujours du fait de leur élégance surprenante. Le triforium n'est pas ajouré. Il est beau avec sa longue travée de 17 arcades alors que sur les côtés, les travées sont coupées par les colonnettes des pilastres. Chacun des bras du transept comprend un ensemble de 44 ogives. Le transept est éclairé par douze fenêtres, dont quatre sont devenues des verrières et deux merveilleuses rosaces ; elles sont l'œuvre du maître verrier Osterrath. La rose du bras sud magnifie la vie de la Vierge de Nazareth, tandis que celle du bras nord magnifie la vie de son virginal époux saint Joseph. Chacune de ces rosaces mesure 13 pieds et demi de diamètre.

Le chœur
De la nef, la vue d'ensemble du chœur avec son pourtour harmonieux nous fait saisir une nouvelle dimension de la chapelle en nous donnant son véritable sens: un sanctuaire pour une liturgie à célébrer dans la foi et l'amour, la beauté et la joie. Au moment de franchir les deux degrés qui nous séparent de ce sanctuaire, nous regardons la lumière qui descend de six larges fenêtres et des cinq verrières consacrées à la gloire du titulaire de la chapelle : saint Antoine de Padoue. Les douze piliers qui soutiennent la voûte sont en tout semblables à ceux de la nef. Les quatre travées de la partie rectangulaire du chœur ont, elles aussi, des arcs en tiers-point alors que celles de la partie circulaire ou rond-point sont des arcs en tiers-point surélevés. Le triforium n'est pas ajouré, mais garde son allure décorative. Il forme onze travées dont quatre de sept ogives, deux de cinq et cinq de quatre, pour un total de 58 ogives.


Les chapelles du déambulatoire

Elles sont au nombre de huit avec chacune leur haute fenêtre plus restreinte dans leur largeur que celles qui s'alignent au sommet du triforium. Ces chapelles, comme les douze du déambulatoire de la nef, sont séparées entre elles par un mur de pierre artificielle dite pierre de Cæn qui se termine par une frise ajourée par des quadrilobes. Le tout surmonté de fleurs de lys. Les voûtes des chapelles latérales de la nef reposent sur quatorze piliers de dimension moindre que les maîtres piliers portant la haute voûte. Les voûtes du pourtour s'appuient sur douze piliers, le tout offrant un déambulatoire dont la longueur est égale à celle de l'édifice. Seul le transept coupe l'harmonie des arcs, mais ne semble pas arrêter le regard qui se prolonge jusqu'à l'extrémité du sanctuaire.

Les jubés
Le jubé dit des grandes orgues est embelli d'une grande rosace de 13 pieds et demi de diamètre comme celles du transept, mais elle n'est pas ornée de personnages comme celles du transept. Le vert, l'ambre et le blanc neigeux diffusent la lumière matinale et les premiers rayons du soleil levant. Cette rose est encadrée par quatre meubles de chêne où s'alignent les tuyaux de l'orgue Casavant, inauguré le dimanche 9 juin 1929. En dessous de ce jubé principal réservé à la chorale, un autre jubé lui est comme attaché. Il est plus petit et plus artistique. C'est le triforium avec ses treize arceaux, comme celui des cathédrales de France, c'est une tribune ouverte où il n'y a que des sièges. On ne peut y accéder que par le corridor extérieur. Des quadrilobes en décorent la balustrade alors que des losanges ornementent celle du jubé supérieur.

Notes complémentaires

La nef
Les bénitiers à l'entrée de la chapelle sont des œuvres de l'abbé Raoul Martin. Les bancs de la nef furent fabriqués par la Compagnie Paquet & Godbout, entrepreneurs de Saint-Hyacinthe, qui a également fabriqué la chaire, cependant, l'ange qui la surplombe est une œuvre du maskoutain, d'origine allemande, Pierre Valentin.
Quelques-unes des six chapelles latérales sont dédiées à un saint particulier : en voici la nomenclature, à partir de l'arrière de la nef; du côté gauche, ensuite du côté droit : saint Stanislas Kostka, saint Curé d'Ars, sainte Thérèse de Lisieux, sainte Anne. Ces deux autels proviennent de l'ancienne chapelle, (1884). Les deux chapelles voisines ne sont pas dédiées.
Les chapelles suivantes se décrivent ainsi : celle de gauche est dédiée à saint Jean-Baptiste, patron des canadiens-français.
L'autel, les statuettes et le bas-relief du tombeau sont des œuvres de l'abbé Raoul Martin et furent offerts au Séminaire par les anciens élèves, confrères de l'abbé Martin.
Celle de droite, n'a pas de dédicace particulière, pas plus que les quatre autres chapelles. Ces chapelles furent réaménagées pour recevoir certaines expositions à caractère religieux, dont une collection de madones.

Transept gauche
Ce transept contient deux autels, celui placé en arrière de la balustrade, est dédié à saint Prosper. C'est un autel ancien. Le corps de saint Prosper est conservé dans le tombeau de cet autel.
Après maintes démarches, M. Isaac Desaulniers, 4e supérieur du Séminaire, s'était fait donner, le 18 avril 1853, le squelette complet, recueilli dans les catacombes le 22 décembre précédent, d'un jeune martyr de 18 à 20 ans. Il l'avait nommé Prosper. Aux religieuses de l'Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe, avait été confié le soin de cacher les ossements dans une statue de cire couverte de riches vêtements. On fit la translation solennelle des précieuses reliques, le 18 mai 1854, au Séminaire.
Le deuxième autel est dédié à la Sainte Vierge.
Dessiné par René Richer, il fut exécuté par la maison Casavant & Frères.


Sur chacun des murs latéraux du transept, sont placées les statues de deux fondateurs des grands ordres religieux, dans la niche de gauche : saint Ignace, fondateur des Jésuites, dans celle de droite : saint Dominique, fondateur des Dominicains. Ces deux statues sont des œuvres du sculpteur Elzéar Soucy.
Le vitrail principal du transept gauche glorifie l'Assomption de la Vierge Marie. C'est une réalisation de la maison Nincheri de Montréal. La rosace représente Marie, Reine de l'Univers. Cette rosace, installée en 1959, est l'œuvre de la maison Osterrath de Cowansville.

Transept droit

Les deux autels que contient le transept droit sont similaires à ceux du transept gauche. Celui placé en arrière de la balustrade, est dédié à saint Louis de Gonzague, autre patron du Séminaire. C'est un autel ancien.
Le deuxième autel est dédié à saint Joseph, dessiné par René Richer, il fut exécuté par la maison Casavant & Frères.
Les statues, placées dans les niches de chaque côté, sont celles de deux fondateurs des grands ordres religieux. Dans la niche de gauche : saint François d'Assise, fondateur des Franciscains, dans celle de droite : saint Benoit, fondateur des Bénédictins. Ces sculptures sont des œuvres d'Elzéar Soucy.
Le vitrail principal du transept droit glorifie la vie familiale de saint Joseph, de Marie et de Jésus, dans l'atelier de menuisier de Joseph. C'est une réalisation de la maison Nincheri de Montréal. La rosace représente saint Joseph, patron de I'Église universelle. C'est une œuvre de la maison Osterrath, installée en 1959.

Le ch
œur
La balustrade ainsi que les stalles du chœur furent fabriquées par la Compagnie Paquet & Godbout de Saint-Hyacinthe. Les stalles furent complétées par la maison Casavant & Frères, en 1937. La banquette, tout comme le reste du mobilier, est fabriquée en bois de chêne; c'est une réalisation de l'abbé Raoul Martin, professeur au Séminaire de Saint-Hyacinthe.

Le maitre-autel, ou Memento Pratte, a été dessiné par l'architecte René Richer, il a été réalisé par la Maison Casavant & Frères. C'est un don des Anciens élèves du Séminaire à la mémoire du chanoine Léon Pratte, décédé le 29 novembre 1930. Cet autel fut inauguré lors de l'Amicale des Anciens du 24 mai 1937.
Les sculptures du tombeau du maitre-autel ont pour auteur : Olindo Gratton : la dernière Cène. Elzéar Soucy à l'extrémité droite : Caïn tuant Abel; extrémité gauche : le sacrifice d'Abraham. Deux autres statuettes d'Elzéar Soucy sont disposées sur le tombeau du maître-autel; à l'avant, côté gauche, saint Mathias et côté droit, saint Paul.
Les statuettes du retable sont également des œuvres d'Elzéar Soucy. Ce sont par ordre, c'est-à-dire, en partant de la table, côté gauche: saint Léon, saint Jean Bosco, saint Bernard, saint Jean Chrysostome, saint Augustin, saint Fabien. Sur le côté droit les statuettes suivantes sont en place : saint Alphonse de Ligori, saint Jean-Eudes, saint Basile, saint Charles Borommée, saint Roch, saint Ambroise.
Le crucifix et les chandeliers sont des œuvres de l'abbé Raoul Martin.
Les verrières
Les verrières du chœur évoquent certains épisodes de la vie de saint Antoine de Padoue, patron du Séminaire. Au nombre de sept, ce sont des dons d'anciens élèves; elles furent réalisées par la maison Nincheri de Montréal.

Le deuxième jubé
Cette partie de la chapelle contient la tribune des orgues. L'orgue du Séminaire est une production de la fabrique d'orgues maskoutaine, Casavant & Frères, il fut inauguré le dimanche 9 juin 1929.
C'est un instrument de facture romantique qui comporte 47 jeux et 2 harpes ajoutées ultérieurement. Il possède 4 claviers de 5 1/2 octaves et un pédalier radiant. Il bénéficie d'un grand nombre de combinaisons mécaniques qui permettent à l'organiste de changer de registration à volonté et très rapidement.
Les registres sont des instruments de tirage disposés en escalier, selon la méthode française ou verticalement selon la méthode anglaise. Les registres de l'orgue du Séminaire sont disposés à l'anglaise.
Le pédalier ou clavier pédestre est réservé aux jeux plus graves. Il reprend les sons de la contrebasse. Par exemple, les tuyaux du bourdon ont 8 pieds de hauteur, ceux de la bombarde ont 16 et 32 pieds. Ces tuyaux sont contenus dans les 4 magnifiques buffets qui entourent la console.
Sur les côtés de la console, on remarque des boutons où certains chiffres romains apparaissent, ceux-ci indiquent le nombre de rangs de tuyaux qui composent les jeux.
Le buffet est l'endroit où les tuyaux reposent sur des sommiers placés sur des boîtes réserves d'air qui se gonflent un peu comme le soufflet d'un accordéon.

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